(Deuxième partie)
Avant-propos
Faudra t-il donc boire le calice jusqu’à la lie ? Absolument, puisque ce calice n’est rempli que de lie ! A la suite de Barère, de Duperron et de l’abbé Proyart, ce deuxième volet consacré au venin thermidorien va traiter de deux autres parutions. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gallard de Montjoie ne fait pas dans la dentelle. Tous les plus vils moyens sont utilisés pour assurer à la postérité, que la France n’a pas connu pire scélérat, assassin, tyran, que Robespierre. En voici quelques aperçus. A lire, en gardant à portée de soi quelques antiémétisants. Et enfin, cette série se terminera par l’évocation des mémoires d’une citoyenne anglaise, Maria-Héléna Williams. Gallard de Montjoie C’est par une référence à l’Antiquité que l’auteur débute son propos dans « L’histoire de la conjuration de Maximilien Robespierre », revue et corrigée en 1796 : « Robespierre, pendant qu’il vivait, était surnommé le Caton moderne : depuis son supplice qui a terminé ses jours, il a été comparé par les uns à Catilina, par les autres à Cromwell. On l’a mal jugé avant et après sa mort. Ce monstre fut plus stupide que Claude et mille fois plus féroce que Néron. » Gallard annonce en introduction : « Non, je ne tremperai point ma plume dans le fiel » (Page 6), « Je commence cette tâche avec un esprit dégagé de toute considération personnelle, avec un cœur exempt de tout levain de partialité » (Page 8). Encore heureux ! On peut alors se demander quelle aurait été alors la teneur de ses écrits. S’il commence par démentir la rumeur qui accréditait que Maximilien Robespierre fut neveu de Damien, il l’accable tout aussitôt : La conscience que Robespierre avait de sa médiocrité l’humiliait, mais bien loin de travailler à devenir meilleur, il se dépitait, il s’irritait contre le mérite d’autrui, il haïssait, il abhorrait toutes les sortes de talent et se consolait de sa nullité en outrageant, en persécutant ceux qu’il savait valoir mieux que lui.(…) Rebuté par les plus légères difficultés, il fuyait les livres et les savants(…) de sorte qu’il est mort sans qu’il eût ajouté aux faibles connaissances qu’il avait acquises dans ses classes. Par une déplorable tournure d’esprit(…) Robespierre ne retint de la lecture des livres classiques que des erreurs qui ont été la cause de ses forfaits et de son supplice . » (Pages 18 & 19) Et puis, arriva l’annonce de la tenue des Etats Généraux : « Robespierre eût végété pendant le reste de ses jours dans l’indigence et l’oubli si nous n’eussions point vu renaître parmi nous une de ces assemblées nationales, dont le souvenir était perdu depuis près de deux siècles ». (Page 33) La rédaction des cahiers de doléances : « Il y jeta toutes les folies de son esprit, il y versa tout le poison de son cœur, il imprima à toutes leurs pages le sceau de son ignorance. Les absurdités politiques qu’on y lit, prouvent que Robespierre ne savait ni lire ni réfléchir, qu’il ne connaissait ni l’histoire des temps passés, ni la constitution d’aucun des peuples modernes, qu’il n’avait d’autre talent que celui de la basse intrigue, d’autre passion qu’une sombre jalousie. » (Page 39) L’Assemblée Constituante : « Ce misérable commença à se faire remarquer, son nom commença à retentir parmi nous » (Page 61) Robespierre, « Général des Sans-culottes » : « Robespierre, à qui la nature avait donné les goûts les plus vils, se plut à être appelé ainsi. (…) L’Histoire doit cette justice à Robespierre, il n’adopta aucune des parties de cet accoutrement. Il soigna toujours sa chevelure et ses habits, sans être d’une élégance recherchée, furent toujours propres et décents. Il est assez bizarre que, se glorifiant d’être le Général des Sans-culottes, il n’adopta point le costume de ses troupes et que cependant, il ne leur fut pas moins agréable. » (Page 70) « Cartouche, Raffiat, Mandrin, égorgeaient de leurs propres mains les victimes dont ils convoitaient les dépouilles. (…) Robespierre était au dessous de ces scélérats. » (Page 74) Et puis, Gallard évoque l’Assemblée Législative, les évènements du 10 août, les massacres de septembre, en imputant bien sûr la responsabilité à Robespierre, le 31 mai, le Comité de Salut Public assorti de la dictature de Robespierre, la déchristianisation, orchestrée par Robespierre qui avait même payé trois cent mille livres à l’évêque Gobel pour qu’il vienne se défroquer à Notre-Dame (Page 122). Nous voici arrivés à l’exécution de Hébert : « Il fut présent au supplice d’Hébert et de ses complices, on le surprit dans la foule les yeux avidement collés sur l’échafaud et comptant avec volupté les têtes que faisait tomber le fatal couteau. » (Page 136) Dans les prisons, au plus fort de la Terreur, « Robespierre, pour rendre ces antres plus horribles encore, avait calculé quelle portion de lumière et d’air suffisait qu’on y enfermait pour que leur vie, prolongée dans les douleurs, ne s’éteignît pas trop promptement. » (Page 155) Et cette conjuration alors ? Et bien, « Cette conjuration d’un genre nouveau n’avait d’autre but que le vol et l’assassinat. (Page 157) Au lieu de trois, quatre victimes par jour, Robespierre voulut en avoir journellement cinquante, soixante et il fut obéi ! (Page 159) Où ce serait arrêté ce moderne Néron ? On assure que quelqu’un lui ayant fait cette question, il avait froidement fait la réponse suivante : « La génération qui a vu l’ancien régime le regrettera toujours. Tout individu qui avait plus de quinze ans en 1789 doit être égorgé, c’est le seul moyen de consolider la révolution ». (Page 164) Enfin, en conclusion, Gallard retranscrit la lettre de Charlotte Robespierre adressée à Augustin en soutenant Maximilien en fut destinataire et dresse un portrait final du « Tyran » : « …Ce n’était point avec son seul traitement de député qu’il avait acquis une imprimerie, qu’il soudoyait des légions de brigands, qu’il donnait des festins dispendieux, tantôt à Saint-Cloud, tantôt à Conflans, tantôt à Issy et qu’il terminait ses journées par des orgies où l’on servait à profusion les mets les plus recherchés, les vins les plus exquis. (…) Robespierre était célibataire parce que le lien et la chasteté du mariage ne convenaient point à son goût pour le libertinage. Chacun sait qu’il vivait avec la fille de son hôtesse comme avec une épouse et que cette liaison ne l’empêchait pas de recourir à des prostituées, de terminer chacune de ses orgies par une débauche nocturne. Aucun sentiment délicat n’eut jamais part à ces faciles conquêtes, la terreur ou l’argent les lui procuraient. » (Page 230) Arrive enfin la fin du livre et, après avoir achevé son ramassis d’insanités et de calomnies, Gallard de Montjoie paraît tout à fait satisfait de son œuvre, certain, comme il le déclare d’ailleurs, « d’avoir ainsi contribué au bonheur de ses concitoyens. » Maria-Hélèna Williams : Dans ce présent dossier consacré à la prose anti-robespierriste rédigée à la suite de Thermidor, il convient également de traiter de l’ouvrage de Maria-Hélène Williams écrit entre juin et décembre 1795. Bien qu’il parut en langue anglaise et qu’il fut traduit sérieusement en 1909, il semblait toutefois être connu en France à l’époque thermidorienne. La preuve en est, P.J.B Nougaret, dans son « Histoire des Prisons de Paris et des départements contenant des mémoires rares et précieux, le tout pour servir à l’Histoire de la Révolution Française, notamment à la tyrannie de Robespierre, de ses agents et complices » publiée en 1797 ( Quatre volumes. Paris chez l’éditeur) , fait référence à ces « Lettres contenant une esquisse des scènes, qui ont eu lieu en France, dans divers départements pendant la tyrannie de Robespierre, et des évènements qui les ont remplacés après le 10 Thermidor ». Maria-Hélène WILLIAMS, est née à Londres, probablement en 1762, alors qu’elle même a déclaré avoir vu le jour en 1769 lors de l’établissement de son acte de naturalisation française. Enthousiasmée par la Révolution qui venait de bouleverser la vie en France, elle traversa la Manche et arriva à Paris juste pour participer à la Fête de la Fédération, le 13 juillet 1790. En septembre de la même année, elle s’en retourna en Angleterre et publia par la suite dans son pays, l’un des premiers ouvrages consacrée à la Révolution française. En 1792, avant le 10 août, elle revint en France, cette fois-ci accompagnée par sa mère Hélène, et ses deux sœurs, Cécile et Persis. Après que Toulon se fut rendu aux Anglais, la Convention Nationale ordonna par décret du 7 septembre 1793, l’arrestation de tous les citoyens de nationalité anglaise, résidant sur le territoire national. Le 11 octobre suivant, (20 Vendémiaire an II), elle était incarcérée, avec le reste de sa famille, à la maison d’arrêt du Luxembourg. Quelques jours plus tard, le 26 octobre 1793 soit le (5 brumaire an II), elles furent toutes transférées au « Couvent des Anglaises » à la prison des « Quinze-Vingts ». Dans ses mémoires, Maria-Hélène Williams ne précise pas la date exacte de sa sortie de prison. Toutefois, elle laisse entendre qu’elle a passai l’hiver1793-1794, en liberté à Paris « le couteau de la guillotine suspendu sur ma tête, d’un fil menu ». La loi du 16 avril 1794 (27 germinal an II) ordonnant aux étrangers de quitter Paris, elle alla s’installer avec sa famille à Marly puis quitta la France pour s’installer en Suisse. Elle revint en France après Thermidor. Au cours de l’été 1795, elle écrivit un ouvrage intitulé « Lettres sur les évènements qui se sont passés en France depuis le 31 mai 1793 jusqu’au 10 thermidor » et « Lettres sur les évènements qui se sont passés dans divers départements de France, durant la tyrannie de Robespierre et ceux qui se sont déroulés à Paris le 10 thermidor ». Ce livre a été traduit en 1909 par Frantz Funck-Brentano sous le titre évocateur « Le règne de Robespierre » (Paris. Arthème Fayard). En fait, Maria-Hélène Williams retrace l’histoire du Paris révolutionnaire, du 10 août 1792 jusqu’à l’automne 1795. Il est indéniable qu’elle n’a pas été le témoin direct de tous les faits qu’elle décrit dans ses mémoires, notamment lorsqu’elle résidait à Bâle et qu’elle a du faire appel à différents témoignages. Très attirée par les Girondins, elle aborde la vie de Manon Roland, de Charlotte Corday et concentre bien sûr l’ensemble de ses attaques contre montagnards et jacobins et plus particulièrement sur « le tyran Robespierre et ses crimes ». Voici quelques extraits, des plus croustillants qui, à eux seuls, peuvent donner le ton général de l’ouvrage : Ce livre est destiné à faire ressortir « la barbarie des révolutionnaires » et toute la noirceur de cette époque. Toutefois, en évoquant Thermidor, nous sommes, je le rappelle, en septembre 1795, Maria-Hélèna Williams écrit ces phrases qui veulent en dire long sur l’état d’esprit et surtout, sur la dérive diffamatoire en vigueur à cette époque : « A présent, ne pas avoir été persécuté sous la tyrannie de Robespierre est devenue une raison de discrédit ; on doit se justifier de ne pas avoir été mis en prison ; un écrou est considéré comme un certificat de civisme ; il sert d’introduction dans la bonne société ; mais heureux, trois fois heureux, celui qui a pu être jeté au fond d’un cachot et plus maltraité que les autres. (…) Si nous devions en croire tous ceux qui auraient été inscrits sur la liste fatale des victimes destinées à la guillotine pour le 11 thermidor, le jour qui suivit l’exécution de Robespierre, nous en arriverions à cette constatation que l’hécatombe fixée pour ce jour, au lieu de s’élever au chiffre ordinaire de ces sacrifices, devait comprendre la moitié des habitants de Paris, pour le moins ». (Pages 108 & 109). Et cela, c’est Maria-Héléna Williams, elle-même, qui le dit. Maria-Héléna Williams est morte à Paris en 1818 après avoir eu la joie de voir arriver la fin de l’Empire et ensuite adopté la nationalité française. Avec l’évocation des mémoires de cette Anglaise, s’achève le dossier, ô combien venimeux, consacré à ce qui à été écrit après l’assassinat de Maximilien Robespierre. La formule est belle et tellement vraie, compte tenu du contexte. Aussi, qu’il me soit pardonné cette répétition, mais je ne peux résister, pour terminer ce dossier fangeux, au désir de reproduire, une nouvelle fois cette déclaration accordée par Charlotte Robespierre à son frère aîné : « Le seul tourment du juste à son heure dernière, Et le seul dont alors je serai déchiré, C’est de voir en mourant la pâle et sombre envie Distiller sur mon nom l’opprobre et l’infamie, De mourir pour le peuple et d’en être abhorré. »
Dominique RONDELOT
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